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Où ne pas acheter ses cigares à la Havane

11 Avr
Animated tourist area in Havana

Animated tourist area in Havana

Il faut déambuler cigare à la main dans les quartiers touristiques de la Havane pour se rendre compte du niveau élevé de contrefaçon et prendre le pouls de ce qui semble être un commerce de moins en moins clandestin dans cette ville, soit celui de la vente de cigares en dehors du circuit étatique, mais on y reviendra un peu plus loin dans cet article. À chaque coin de rue, entrée de bar ou restaurant, entrée et sortie d’hotel comme dans les parcs, à tout moment un racolleur s’approchera et vous proposera ses meilleurs « Real Cohiba » et ou autres marques et formats. Certains vous les montreront, d’autres essaieront de vous entrainer à quelques pas de là afin de pouvoir transiger avec vous en toute tranquilité et ce,sans se faire prendre. Ne vous laissez pas tenter, ce sont fort probablement des « FAUX ». Des cigares roulés dans de sombres arrières-boutiques avec des tabacs de pauvre qualité et roulés par des « Torcedors » improvisés. Rien de nouveau ici me direz-vous et vous avez bien raison. Mais la situation tend à évoluer et se rafiner.

Aujourd’hui, dans la foulée de la libéralisation commerciale amorcée et mise de l’avant récemment par le gouvernement cubain et qui vise à donner aux peuple l’opportunité d’ouvrir de petits commerces et places d’affaire, il semble s’installer un nouveau « réseau », une nouvelle façon de vendre des cigares sur la rue. C’est ce que j’ai expérimenté lors de mon dernier voyage dans ce pays dans le cadre du XV Festival Habano.

Un après-midi, en me rendant à une Casa del Habano afin d’y préparer pour vous  chers lecteurs et lectrices, un survol des différentes Casa del Habano de la ville, un individu m’approche en m’offant encore une fois ses cigares. Comme à l’habitude, je décline poliment l’invitation et là, il hausse le ton et se met à me crier en anglais à mesure que je m’éloignais de lui que je préfèrais encourager le bandit à Fidel et son gouvernement plutôt que les coopératives de travail, la nouvelle économie et les jeunes!!! Comme le ton devenait vindicatif, je décide alors rapidement de continuer mon chemin sans trop comprendre ce qui venait de m’être lancé mais cette affirmation me fit froncer des sourcis. Coopératives de travail? nouvelle économie? nouvelle génération? Que voulait-il bien dire? Comme j’arrivais à destination, l’histoire s’arrête ici et je procède à ma visite des lieux. Au sortir de l’endroit, un jeune homme dans la trentaine parlant relativement bien l’anglais et portant un Polo Partagas exactement comme ceux que j’avais vu portés par les employés de la fabrique du même nom que j’avais visitée deux jours plutôt, ainsi qu’un autre individu en costard cravate qui était positionné dans le cadre de porte de la Casa del Habano comme un garde de sécurité, aurait-on pu l’y associer, s’approchent de moi et me demandent si je voulais des cigares. BIen sur que non leur répondis-je sur un ton un peu moins compatissant cette fois. C’est alors que l’individu en polo me parle d’une coopérative de commerçants de cigares située juste derrière le commerce d’où je sortais à peine et m’invite à le suivre, ne serait-ce que pour voir. Je me laissai alors tenter et afin de faire la lumière sur toute cette histoire de coop et de nouvelle économie, je décide de suivre l’individu qui en chemin m’explique que depuis lesa nouvelles réformes de l’administration cubaine, des individus ont maintenant le droit de se regrouper afin de constituer et créer ce qu’ils appellent des coop et commerces et que ces entreprises ont maintenant droit d’exister et de transiger.

Siège social d'une nouvelle entreprise cubaine?

Siège social d’une nouvelle entreprise cubaine?

Après avoir fait quelques pas de plus et être, semble-t-il arrivés à destination, nous entrons dans une vieille maison complètement délâbrée et nous retrouvons tout littéralement dans un appartement habité et où sont disposées sur la table de cuisine plusieurs boîtes de cigares: des Montecristo No 3, des Partagas dont je ne me rappelle plus la exactement la série ainsi que des Cohiba Siglo IV Linea 1492 (Étrangement les mêmes boîtes que j’avais vus sur les tablettes de la fabrique H.Upmann deux jours avant et qu’on m’avait proposée à 50 CUC à la sortie de la fabrique).

Quartier animé de la Havane

Fabrique H.Upmann, La Havane 2013.

Après inspection, toutes les boîtes semblaient  tout à fait conformes, authentiques et impeccables. Les cigares étaient très bien disposés dans les boîtes avec des bagues qui elles aussi semblaient des plus authentiques. Aussi, tous les rubans, papiers de soie ainsi que la certification Habanos S.A. en papier elle aussi et que l’on retrouve en ouvrant n’importe quelle boîte de havane y étaient. Toutefois, aucune boîte n’avait de date de fabrication d’inscrite au dessous d’elles ni de timbre du gouvernement d’apposé sur leur dessus. L’auto-collant apposé par Habanos S.A. en haut à droite des boîtes n’y était pas non plus. Plusieurs scénarios peuvent donc être envisagés. Comme les dates de fabrication, timbres de Habanos S.A. ni ceux du gouvernement cubain n’y sont pas, il est donc logique de penser que ces boîtes aient pu être subtilisées directement des fabriques par certains employés peu scrupuleux de celles-ci. Mais compte tenu du nombre de boîtes sur la table et la qualité de celles-ci cette journée là, ce mode de procuration m’apparaît trop aléatoire pour un système de distribution qui semble tout de même assez bien organisé et rodé à ce que j’ai pu constater. Et on ne vous les donne pas ces cigares. On me demandait 125 CUC pour  une boîte de vingt-cinq Cohiba Siglo IV Linea 1492, que j’avais vu en boutique officielle à 321 CUC et qu’on m’avait offert à la fabrique comme relaté plus haut à 50 CUC. Et au cas où vous seriez intéressé à faire passer cette boîte par les douanes de votre pays, sachez que pour 10 CUC de plus, on vous colle le timbre du gouvernement cubain, celui avec l’hologramme et la zone de transparence, exactement lui. Non, ça ne colle pas. Je serais plutôt d’avis que ce sont les compagnies qui, à la sortie des fabriques en collaboration avec ces réseaux de supposées « Coops » ont trouvé le moyen d’écouler leur numéros 2, c’est à dire les cigares de deuxième qualité qui n’ont pas passé les différents tests de qualité. Alors, ou bien la fabrique plutôt que laisser sortir ses numéros 2 à l’unité à des prix dérisoires et en fermant les yeux, sachant très bien aussi que ceux-ci seraient débagués et rendus anonyme et qui, en conséquence leur ferait perdre beaucoup de valeurs, préfère les emballer comme des numéros uns et de là, en tirer un meilleur profit. On vous les offre à 50 CUC à la fabrique lors de votre visite et à la fin de la journée, les boîtes non vendues sont refilées à ces « Coops » qui les revendent à 125 CUC. Ce qui me semble une marge de profit tout à fait acceptable et qui je crois, valide cette théorie au détriment de la première. Ajoutez à ceci les Polos à l’éfigie de compagnies et les timbres du gouvernement…Et de là, il n’y a qu’un pas à faire pour penser que du coté des compagnies, à condition que tout cela s’avère vrai, qu’elles instituent elles-même le système et qu’elles fassent le pari que les acheteurs de ces produits prendront sur eux le fait de fumer des cigares de moindre qualité mais quand même supérieurs à ceux offerts par les petits revendeurs sur la rue mais qui, pour le prix, en vaudront tout de même la peine. Peut-être. Pour ma part, je n’ai pas pris cette chance.

Vue arrière d'une fabrique de cigares à la Havane.

Vue arrière d’une fabrique de cigares à la Havane.

Intéressés? Promenez-vous cigare à la main dans les quartiers touristiques de la Havane et surement qu’en moins de deux, vous entendrez parler de la nouvelle économie cubaine!!!  Mais d’un autre coté, comment blâmer les cubains, compte tenu des conditions dans lesquelles ils vivent. On ne peut que leur souhaiter de s’en sortir de façon digne, avec fierté et honnêteté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonne Dégustation!

 

CERTIFIED MEDALLION - jpeg

 

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